Emotions au boulot ?

Dernière mise à jour : 18 avr.

Qui a dit que les émotions négatives ne passent pas la frontière maison-boulot ? Certainement une personne qui vivait de grandes émotions là où il ne souhaitait pas en vivre, au boulot !!

Oui, au travail, on se doit d’être fort, courageux, toujours en joie, enthousiaste… surtout si on est un leader dynamique, entraînant et volontaire. On se dit qu’on est évalué par rapport à sa capacité à gérer ses émotions. Mais que veut dire "gérer ses émotions" ? Certainement pas faire semblant de ne pas en avoir !!

Les entreprises ont fort heureusement évolué sur ce sujet, néanmoins, la culture de la réussite a la carapace dure, les émotions négatives sont encore perçues comme une faiblesse à bannir de nos quotidiens.


Les émotions négatives s’imposent et elles se faufilent toujours avec beaucoup de souplesse à l’intérieur de soi. Et plus on les refoule, plus elles deviennent puissantes. En réalité, plus on les rejette, plus elles s’amplifient.


Par exemple, imaginons un leader que je vais appelé Paulo, il arrive à son poste le matin, stressé, en colère pour x raisons, et il va tout faire pour dissimuler sa rage. Oui, parce qu’il n’a pas le droit de la montrer et encore moins de la vivre s’il veut être un « bon » chef. Le problème, c’est qu’il a du mal à gérer cette colère et comme je le disais, elle va s’amplifier au fil des heures. Il la rejette et il ne veut pas admettre qu'il se passe quelque chose à l'intérieur de lui.

Il arrive un moment où cette colère finit par s’exprimer malgré lui et là, personne ne comprend ce qu’il vient de se passer. Un volcan vient de passer en mode éruption et la lave coule à flots. Je vous laisse imaginer les dégâts collatéraux.


Et si je vous disais que cette colère peut cacher une autre émotion plus enfouie, plus secrète et plus sournoise ? Tellement sournoise que la personne elle-même ne la reconnaît pas ! Eh bien avec tout cela, on n'est pas sorti de l'auberge !!



Ce qu'il faut d'abord comprendre :


Le modèle de l’ennéagramme, dont j’ai déjà évoqué les grands principes dans des articles précédents, explique que nous avons accès plus facilement à une émotion plutôt qu’à une autre. Par exemple, certains ont un accès à la peur plus rapidement, plus facilement que d’autres. Et souvent, cet accès à la peur cache une autre émotion comme la tristesse ou la colère. Les émotions jouent à un-train-peut-en-cacher-un-autre !!

4 émotions

Dans le cas de ces personnes, leur peur accélère par exemple leur mental, leurs pensées. Vu de l’extérieur, on pourrait les trouver même paranos. Dans l’expression de cette peur extrême, se cache en réalité peut-être la colère par rapport à quelque chose, ou la tristesse par rapport à je ne sais quoi.

On pourrait avoir le même raisonnement avec une personne qui a accès plus facilement à la colère. Elle est en colère parce qu’elle a peur de quelque chose. Ou une personne qui a accès à la tristesse en premier lieu pourrait avoir peur de perdre le lien avec quelqu'un ou quelque chose… Etc…


Reprenons l'exemple de Paulo qui arrive à son poste énervé. Malgré sa bonne volonté, il explose à un moment donné. Tout le monde est surpris, lui y compris. Sa colère peut cacher une autre émotion enfouie comme la peur ou la tristesse. Ca pourrait être la peur de ne pas réussir à rendre dans les délais un dossier hyper important. Ca pourrait être aussi la tristesse qu'il ressent à l'idée d'avoir quitté son enfant malade le matin même. Vous l'aurez compris, il y a mille et une possibilités et la frontière entre le privé et le pro est juste perméable aux émotions. Au final, ses émotions s'imposent à notre Paulo malgré lui.

Elles ne lui demandent pas son avis.



Mais alors, comment aurait-il pu faire pour mieux gérer ses émotions ?


Je commence par ce qu'il ne faut pas faire : nier son émotion ! Sinon, notre cerveau va vite en créer une autre pour nous rappeler « eh oh, tu ne vois pas que je suis là pour te passer un message ? ».


Voici les 5 étapes que je vous propose pour gérer vos émotions :


1- Prendre un temps d'arrêt pour se connecter à soi : se connecter à son corps, à son cœur.

2- Admettre qu'il se passe quelque chose en nous avec toute l'authenticité dont nous sommes capable à ce moment-là.

3- Reconnaître l'émotion qui nous envahit et la nommer du mieux qu'on peut.

4- Regarder cette émotion, l'explorer et la considérer comment étant vraiment présente à soi.

5- L'exprimer d'une manière ou d'une autre : par exemple, Paulo décide de se défouler en pratiquant du sport ou décide de s'en prendre au premier coussin venu à l'aide de ses mains ou d'un manche à balai. Ou alors de façon plus soft avec une marche, une méditation. Faire ce qu'il nous semble bon pour nous est le meilleur choix possible.

Paulo qui avait peur de ne pas rendre son dossier à temps, devient alors plus calme, plus serein et comme par magie, son esprit se libère. Il se rend compte qu'il a les ressources pour rendre son dossier dans les délais et surtout il entrevoit des solutions qui étaient masquées par ses émotions négatives.


Se donner un espace pour exprimer cette émotion, se donner l'autorisation de l'exprimer, c'est être en paix avec sa propre vulnérabilité. C'est en quelque sorte faire preuve d'humilité en tant qu'être humain à part entière. Et quel bel exemple pour son équipe, celle de savoir reconnaître et accueillir ses émotions !


Les émotions sont précieuses, car elles véhiculent des messages à entendre. Reconnaître ses émotions, c'est reconnaître ses besoins.



Et aujourd’hui, j'ai envie de dire merci à un ancien patron que j’ai eu pendant des années. Il se reconnaîtra s’il lit cet article. Il avait toujours sur lui un paquet de mouchoirs, car lors de nos entretiens je finissais par tout lâcher, par pleurer tout mon saoul. Je ne le remercie pas pour ses mouchoirs à l'effigie de « Cars », mais pour son autorisation à m'avoir laissé m’exprimer tel que je savais le faire dans des moments intenses en émotions, à savoir avec les larmes.


Larmes déferlantes

C'est ma façon à moi de me nettoyer de toutes mes émotions négatives que je laisse parfois trop enfouies en moi, que j’essaie de cacher très loin… Mais elles sont plus fortes que moi, elles finissent par s’imposer, vous l'avez compris. M’avoir accordé un espace et un temps pour les exprimer a été une des plus belles expériences que j’ai vécues professionnellement. J'ai su le faire à mon tour avec mes équipes. Cela ne m'a empêché de faire une belle carrière en tant que manager, bien au contraire !




Et vous, comment vivez-vous vos émotions ? En avez-vous peur au point de les ignorer ? Ou au contraire, elles sont vos alliés dans votre quotidien ? Qu'est-ce qui vous fait peur ? Comment exprimez-vous votre colère ?

N'hésitez pas à vous exprimer dans les commentaires.



Jack Kornfield a dit : "C’est la manière dont nous nous situons par rapport à nos émotions qui nous enchaîne ou nous libère."

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